blogue /  2016-05-06

Hello mom

Savez-vous combien de temps que ç'a mis pour que ma mère accouche de moi?
À partir de la première contraction, ç'a pris 26 heures.

26 fucking heures.

Le pire dans cet accouchement-là, c’est que c’était pas un «one shot deal».
J’étais là pour foutre la marde, pis pas juste pour 26 heures.

À 8:33 le premier juin, je suis née en beau caliss. DÉJÀ.

Ça, ma mère vous le confirmera. Je vous mentirai pas en disant que je me souviens du jour de ma naissance ou de ma fête de trois ans, mais je vous jure que vaguement, je me souviens d’un épuisement perpétuel à force de toujours être en colère. Je dis de la colère, mais en fait, c’était un trop plein d’émotions. Comme je vous dis, j’ai pas de souvenir précis, mais mon âme s’en rappelle; je suis encore un peu essoufflée de tout ça.

Y'a ma mère, qui s’en souvient et qui ne se lasse pas de me dire, avec raison, que j’étais «une criss de pas fine». Toute cette sensibilité est encore omniprésente en moi. J’ai juste appris à la gérer. Thanks mom.

Quand j’étais p’tite, dans le but d’occuper mon esprit une couple de minutes, question que j’arrête de brayer pis de faire brayer mon p’tit frère, ma mère m’encourageait à dessiner avec elle. Je pondais des gribouillis bien banaux. Des chefs-d’œuvre d’enfant de 4 ans, quoi. Je m’en souviens, j’aimais ça dessiner. J’arrêtais vraiment d’être «pissed off» pendant ce moment-là. Un répit bien mérité pour tout le monde.

Mais mon sourire était si fragile que la moindre critique sur ce que je considérais comme un Pollock n’était pas de mise. Quand j’avais fini de dessiner et que je brandissais mon chef-d'oeuvre devant les yeux de ma mère, ça aurait tellement été simple et facile pour elle de faire régner la paix plus longtemps. Mais elle me disait: «C’est correct, sauf que ça pourrait être mieux.»

Vous comprendrez qu’avec mon caractère et mon attitude si positive, bien certainement que ce genre de remarque assurait une crise. L’affaire avec ma mère, c’est que le choix entre s’éviter une crise de nerf VS m’apprendre à écouter et accepter une critique était vraiment évident pour elle. Et elle me disait «non» dans un moment où j’étais certaine que la réponse allait être «oui», sachant très bien que j’allais l’envoyer promener après. Elle a décidé de ne pas céder et de m’apprendre à vivre.

Jusque-là dans mon histoire, elle a l’air rough, môman. La vérité c’est que ma mère, c'est pas le genre de personne qui vous arrive avec une critique ou un problème sans une solution ou un commentaire constructif. Un peu plus tard, ma mère m’a montré ses vieux dessins. C'est une sacrée artiste. Ça m'a donné le goût de vraiment bien dessiner. Comme elle.

Quand j’ai été plus ou moins prête, elle s’est faite un plaisir de m’enseigner la base du dessin d’observation. Je pétais encore des coches abusivement parce que j’étais pas bonne du premier coup, mais, au moins, j’avais une raison d’apprendre à me calmer. Parce que je savais qu’elle ne me donnerait pas de trucs si j’étais «pas fine». Elle continuait de me dire que c’était correct, mais que je pouvais faire mieux. Pis qu’une main, si tu regardes bien, ça a cinq doigts, pas quatre.

Le p’tit cours qui m’a le plus marqué, c’est quand elle m’a installée à la table de la cuisine devant un petit miroir sur pied. Elle m’a demandé d’observer mon œil et plutôt que de voir un œil, de voir les formes géométriques; voir la forme ovale dans laquelle se trouve une forme plutôt circulaire, mais pas parfaitement circulaire. Et de remarquer que le blanc de cet oval n’est jamais complètement blanc… J’ai dessiné je ne sais plus combien de pairs de yeux, dans la mentalité du dessin d’observation. Analyser une forme, la lumière projetée sur elle, l'ombre qu'elle rejette, et retranscrire le tout avec un crayon.

Ma mère m’a appris à prendre le temps d'analyser. De réfléchir. Autant devant un bout de papier que sur ma personne. De prendre le temps de se regarder dans le miroir. De trouver des mots pour traduire une crise. C'est facile de donner comme réponse: «Je l'sais pas». La sienne était toujours: «Réfléchis».

Réfléchis. Analyse. Non, c’est pas ça. Recommence. Quelle satisfaction quand on y arrive, môman.

Je n’ai jamais pu dessiner comme ma mère. Et je ne dessinerai jamais comme elle. Parce qu’elle a une capacité d’analyse et de compréhension, mais surtout, d’application incroyable.

On pourrait croire que je ne l’ai pas eu facile, mais c'est tout le contraire. Dans ma vie professionnelle, elle m'a montrée l'importance d'être ouverte face à une critique, mais de savoir prendre et laisser. Elle m'aide encore à développer des méthodes de travail pour pouvoir, entre autres, être efficace et productive. Mais surtout, c'est dans la vie de tous les jours qu'elle me pousse à devenir une personne meilleure.

Dans des moments difficiles, dans des moments de joie ou encore juste pour «papoter», c'est elle que j'appelle. C'est elle que je texte. Que je Snapchat. C'est avec elle que je bois des coupes de Jäger pour parler toute la nuit et refaire le monde.

Quand on repense aux 26h de l’accouchement, y’a rien là. Parce qu’être mère, c’est le travail d’une vie. Et si je peux être la moitié de ce que tu as été pour moi, je serai une femme comblée.

Mucho love, môman XX

DIRECTRICE CRÉATION

Rachel